Intra-muros : des toits anciens et imbriqués

Dans le centre historique, les maisons et hôtels particuliers se touchent, et leurs toitures s’emboîtent parfois de façon complexe : pentes opposées, cours intérieures, murs mitoyens et souches de cheminée nombreuses. Les couvertures y sont presque toutes en tuile canal, souvent anciennes, avec des teintes nuancées que les tuiles neuves ont du mal à reproduire. Les couvreurs y privilégient donc les tuiles de réemploi, récupérées sur d’autres chantiers, pour que les réparations restent discrètes.
Beaucoup de façades se terminent par une génoise, cette corniche provençale formée de plusieurs rangs de tuiles scellés au mortier sous le bord du toit. Elle protège le haut des murs du ruissellement, mais son mortier s’use avec le temps : une génoise qui se délite laisse l’eau couler sur l’enduit et peut finir par se détacher par morceaux.
Les rues étroites compliquent aussi l’accès aux toits. Échafaudage, nacelle ou monte-matériaux doivent être prévus en amont, avec les autorisations nécessaires auprès de la mairie lorsque le chantier occupe la voie publique.
Le mistral, premier ennemi des toitures avignonnaises
Avignon connaît un climat méditerranéen, avec des étés chauds et secs et un ensoleillement important, mais la ville est surtout réputée pour son mistral. Ce vent du nord, canalisé par la vallée du Rhône, peut souffler violemment pendant plusieurs jours. Sur les toits avignonnais, il s’attaque d’abord aux tuiles de couvert non fixées, puis aux rives et au faîtage : une seule tuile arrachée suffit à créer une ouverture dans laquelle le vent s’engouffre.
C’est pourquoi les couvreurs de la région fixent de plus en plus les tuiles, par crochets ou par scellement, notamment sur les parties exposées. Autre point de vigilance : les pluies orageuses d’automne, parfois très intenses, qui mettent à l’épreuve les gouttières, les noues et les raccords après des mois de sécheresse.
Un centre historique inscrit au patrimoine mondial
Le centre historique d’Avignon, avec le Palais des Papes, l’ensemble épiscopal et le pont Saint-Bénézet, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’intra-muros est classé en site patrimonial remarquable : chaque projet de toiture qui touche à l’apparence des bâtiments y passe entre les mains de l’Architecte des Bâtiments de France, qui veille notamment à la couleur des tuiles, au maintien des génoises et à l’intégration des fenêtres de toit. Il en va de même aux abords des nombreux monuments historiques de la ville.
En dehors de ces secteurs, l’installation de panneaux solaires ou le passage à d’autres tuiles suppose malgré tout le dépôt d’une déclaration préalable en mairie.
